Chronique du livre : Courir avec les Kényans (Partie 1)


Courir avec les Kényans

Un livre pour connaître les secrets des hommes les plus rapides du monde © A. Finn

L’auteur du livre est Anglais : Adharanand Finn, Il court le semi marathon en 1H30. Il a décidé d’aller passer 6 mois avec sa famille dans le village d’iten, dans la vallée du Rift, afin de percer les secrets des hommes les plus rapides du monde.

Tout au long de cette chronique, « je » signifie l’auteur du livre, Adharanand Finn. Si vous êtes un amoureux de course à pied comme moi et que vous êtes fasciné par la rapidité des Kényans lorsque vous regardez les courses à la télévision, la chronique du livre devrait vous plaire. ;)

Phrase résumé du livre : « Courir avec les Kényans“ – Les secrets des hommes les plus rapides du monde.

« Ici, au Kenya, tous ceux capables de courir y consacrent leur vie. Et ce sérieux semble faire tache d’huile. Ici, l’athlétisme est une religion. Dans un pays où la course à pied est l’objet d’une telle vénération, mes objectifs – courir un marathon ou d’améliorer mes records personnels – semblent dérisoires et bien timides. Ici, on court pour avoir une vie meilleure. Pour nourrir sa famille. Pour battre des records du monde. ».

Par Adharanad Finn, traduit de l’anglais par Thierry Piélat,aux éditions JC Lattès :  355 pages

Chapitre 1 : Dans ma tête, je suis Kényan. Slogan publicitaire de Nike dans les années 1980

Au cours de ce chapitre, Adharanand finn évoque ses débuts dans la course à pied.

C’est mon premier cours d’éducation  physique dans ma nouvelle école et on nous a envoyés faire un cross.  Je n’avais jamais tenté de courir plus que la longueur d’un terrain de foot et je suis étonné de voir combien je trouve ça facile. Il n’est même pas essoufflé, dit le prof, me montrant en exemple aux autres.

Quelques années plus tard, à douze ans, je bats le record scolaire du 800 mètres le jour des compétitions annuelles. Cinq minutes plus tard, je cours le 1500 mètres et l’emporte encore. Mon père, flairant un don potentiel, me suggère d’entrer dans le club de course à pied local et cherche le numéro dans l’annuaire. Je l’entends parler au téléphone. A partir de ce jour, ma voie est tracée : je suis appelé à devenir coureur.

J’ai appris l’existence des coureurs Kényans au milieu des années 1980, à l’époque de mon entrée au club d’athlétisme. Aux jeux Olympiques de Séoul, en 1988, ce sont les kényans qui ont remporté toutes les médailles d’or sauf une, en fond et demi-fond masculins. Ce qui m’impressionne le plus en eux, c’est leur façon de courir. La sagesse veut que la méthode la plus efficace, surtout sur les plus longues distances, soit de courir à une cadence régulière, et la plupart des courses se déroulent de cette manière.

Les Kényans, eux, ont une démarche moins conformiste. Ils prennent toujours la tête, quitte à ralentir brusquement, ou partent dès le coup de pistolet à allure faible. J’adore alors voir les commentateurs de la télévision confondus, qui prédisent qu’un athlète Kényan va trop vite, alors que celui-ci allonge soudain la foulée.

Plus tard, j’entasse mes affaires dans la voiture de mes parents et prends la route de Liverpool pour entrer à l’université. Bien que j’aie intégré l’équipe de course à pied, le tourbillon de la vie universitaire ne tarde pas à faire passer l’entraînement au second plan. Comme la plupart des étudiants tout juste sortis de l’adolescence, me voilà lâché dans un monde nouveau où tout paraît possible.

De temps en temps, nous nous inscrivons à un 10 kilomètres ou à un semi-marathon local, bien décidés à revenir en forme. Mais quelque chose, la vie, une blessure, le manque de détermination vient toujours se mettre au travers et nous cessons l’entraînement.

Après la naissance de mes enfants, il me devient encore plus difficile de trouver le temps de m’entraîner, du moins jusqu’au moment où je réussis à décrocher un boulot en freelance, la rédaction de comptes rendus de compétitions pour le magazine Runner’s World. Bien que ça ne paie pas beaucoup, grâce à cela, j’ai moins l’impression que la course à pied est un divertissement gratuit.

Chapitre 2 : Nous avons donc vendu la maison et fui le triste été anglais comme un vol d’oiseaux migrateurs. Gerald Durrell

En me rendant à un 10 kilomètres, une œuvre de bienfaisance organisée pas loin de chez nous. Je prends la tête de la course. Ça fait un drôle d’effet d’être là tout seul. C‘est presque comme si je n’étais pas entrain de participer à une course, mais de m’entraîner en solitaire, sauf que derrière moi un millier de coureurs invisibles m’ont pris en chasse. Je finis avec une grosse avance sur le peloton en réalisant, et de loin, mon meilleur temps : 38 minutes 35 secondes. Un reporter d’un journal local vient m’interviewer. J’ai l’impression d’avoir gagné les Jeux Olympiques.

Les Kényans sont tout simplement les meilleurs coureurs du globe. Dans presque tous les cross de haut niveau, où que ce soit, c’est toujours un groupe de Kényans qui va prendre la tête, et de loin.

Les faits et les chiffres attestant de leur domination sur les courses de fond sont incroyables. Sur les vingt meilleurs temps de marathon réalisés au Monde, dix-sept l’ont été par des Kényans. (Soit dit en passant, les trois autres temps ont été obtenus en passant, les trois autres temps ont été obtenus par des athlètes venus d’Ethiopie, le pays voisin du Kenya en Afrique de l’Est.).

Pendant les dix-huit années écoulées entre les Championnats du monde d’athlétisme de 1991 à Tokyo et ceux de Berlin en 2009, les coureurs Kényans ont gagné au total quatre-vingt-treize médailles olympiques et médailles de Championnats du monde en fond ou demi-fond, dont 32 d’or. Durant la même période, au cours de laquelle se sont déroulés dix Championnats du monde et cinq Jeux Olympiques, la Grande Bretagne n’en a remporté aucune, tous métaux confondus. Même les Etats-Unis n’ont obtenu que trois médailles d’or, et deux d’entre elles ont été remportées à Osaka en 2007 par un homme qui n’est devenu citoyen américain qu’à l’âge de vingt ans après être né, avoir grandi et être devenu un athlète au…oui, vous avez deviné, au Kenya (Mo Farah).

J’ai fait la connaissance de Marietta (ma future femme) à l’université de Liverpool.

Un soir, une fois que les enfants couchés, je lui expose mon idée. Six mois au Kenya. Ce sera l’aventure. Les enfants adoreront ça. Et je me mettrai à courir. Courir pour de bon. Avec les meilleurs coureurs du monde. Et si je découvre leur secret, ça vaudra de l’or et je ferai fortune.

Elle me lance un regard par-dessus la table. Tu parles sérieusement ? demande-t-elle. Oui. Qu’en penses-tu ? Que c’est une excellente idée.

Chapitre 3 : Au Kénya, il n’y a que des athlètes. Vivian Cheruiyot

Dans l’après-midi, après la sieste et un massage, Richard Kiplagat, un spécialiste du 800 mètres, et Vivian repartent courir. Je décide de me joindre à eux. Alors que nous faisons des étirements dans le parc, un homme dans la quarantaine, avec quelques kilos de trop et en nage, passe près de nous au petit trot.

Au Kenya, vous avez des coureurs de ce genre ? Des gens qui courent uniquement pour se maintenir en forme ? Demandé-je en montrant le jogger et supposant que telle est son intention. Et aussi, sans aucun doute, pour perdre du poids. Il ne donne pas l’impression de courir pour le plaisir. Et il n’espère certainement pas en faire son gagne-pain.

Quels sont les temps de l’athlète le plus lent au Kenya ? Demandé-je, cherchant une miette d’espoir. Peut-être suis-je moi-même un athlète. J’ai gagné le 10 kilomètres de Powderham Castle en trente huit minutes et trente-cinq secondes. Pour le 10 kilomètres, par exemple ? Ils échangent un regard. C’est manifestement une question épineuse. En comptant les juniors ? S’enquiert Richard. J’acquiesce.

Je pourrais m’entraîner avec les juniors, les athlètes de 18 ou 19 ans. C’est peut-être la solution. Et les filles ? Je hoche la tête derechef. Plus on est de fous plus on rit. A peu près 35 minutes, dit-il.

Je suis donc plus lent de trois minutes et trente secondes sur 10 kilomètres que la coureuse junior la plus lente du Kenya. J’ai du pain sur la planche.

Les choses s’annoncent bien quand, quelques mois plus tard, je réussis finalement à passer sous la barre d’une heure trente sur le semi-marathon. 1h26. Mais au moment où ma forme s’améliore, voilà que je retarde mes progrès en me lançant dans une expérience.

Tout commence, comme c’est le cas pour beaucoup de gens, lorsque je lis le livre de Christopher McDougall, Born to Run. L’essentiel est consacré à une course dans le Copper Canyon, au Mexique, avec une tribu de coureurs extrêmes, les Tarahumaras. L’histoire la plus fascinante du livre, qui a fait de lui un best seller mondial, est la révélation du concept de course pieds nus.

McDougall parle d’une théorie conçue par des scientifiques de Harvard selon laquelle les humains ont en partie évolué en pourchassant leurs proies jusqu’à qu’elles s’épuisent. Les scientifiques affirment en effet que les humains sont nés pour courir de longues distances, que notre corps est spécifiquement conçu pour cela. C’est la raison pour laquelle nous avons des tendons d’Achille, les pieds cambrés, un gros postérieur et un ligament nucal à l’arrière du cou (qui maintient la tête immobile pendant que nous courons). Et nous sommes faits pour courir pieds nus, disent-ils. Les chaussures de course ne font que nous perturber.

On m’a demandé de mettre des chaussures de course et de monter sur un tapis de jogging. Le vendeur a ensuite filmé mes pieds et m’a montré la séquence. Comme 80% des coureurs, m’a-t-il dit, j’atterrissais sur le talon. Cela entraînait une « pronation » de mes jambes, ce qui veut dire qu’elles gauchissaient sous moi à chaque foulée. Selon les études consultées, entre 60 à 80% des coureurs se blessent au moins une fois par an.

Du fait qu’ils courent nu-pieds depuis l’enfance, les kényans ont une façon de courir complètement différente.   Au lieu d’atterrir sur le talon, ils posent d’abord la pointe du pied. Non seulement cela réduit le risque de blessure, mais c’est plus efficace. En effet, en atterrissant sur le talon, la plupart des coureurs occidentaux se freinent à chaque foulée.

Une fois que je serai habitué à mon nouveau style, décidé-je, je passerai aux chaussures plates, comme les kenyans.

Pendant les 6 semaines suivantes, je réapprends à courir. Le seul problème à cette expérience est qu’au moment où nos bagages sont prêts pour notre départ au Kenya, je ne cours encore que cinq kilomètres. J’ai manifestement perdu pas mal la forme et ma ligne s’est visiblement épaissie. Je ne suis pas vraiment en état d’emboîter le pas aux Kényans. Mais l’expérience doit se poursuivre. Si c’est vraiment la clé du succès, je reviendrai rapidement au point  où j’en étais et, ensuite, qui sait jusqu’où ça me mènera.

Chapitre 4 : Qu’il est grand l’univers, là-bas au grand air. Dr. Seuss

Notre avion atterrit à Nairobi par un beau matin de fin décembre. Nous projetons de passer la majeure partie de notre séjour au Kenya à Iten, une petite ville de la vallée du Rift. J’ai lu tant de choses sur Iten que c’est presque devenu, dans mon esprit, un lieu mythique.

A 2400 mètres d’altitude, je m’apprête à courir pour la première fois avec un athlète Kenyan sur son territoire. John m’attend à l’entrée de l’hôtel avec un compagnon, un garçon de 18 ans originaire du même village, à la mine sérieuse, nommé Lucas Ndungu.

J’ai besoin d’aller lentement et pas trop loin. Je crains non seulement de ne pas pouvoir suivre, mais aussi que ma nouvelle manière de courir, de façon pied nus, ne provoque une blessure si je force trop prématurément.

Chapitre 5 : Chaque jour, en Afrique, une gazelle se réveille en sachant que, pour ne pas être mangée, elle doit courir plus vite que le lion le plus rapide. Chaque matin, quand le lion se réveille. Il sait que, pour ne pas mourir de faim, il doit battre de vitesse la gazelle la plus lente. Que vous soyez un lion ou une gazelle, quand le soleil se lève, mieux vaut courir. Abe Gubegna

Je rencontre Toby Tanser. Toby a une connaissance encyclopédique de la course Kenyane et il est ami avec à peu près tous les athlètes d’ici. Quand je lui explique que nous cherchons une maison à louer, il me dit : Trouver un logement à Iten n’est pas un problème. Beaucoup de maisons d’Iten appartiennent à d’anciens athlètes.

Nous convenons de louer la maison de Geoffrey, mais on nous annonce quelques jours plus tard qu’elle ne sera pas prête avant une semaine. Après quelques jours passés dans notre petit camping à faire la cuisine sur le réchaud et à dormir sur des oreillers sales, c’est comme revenir dans l’univers confortable et ordonné que nous avons quitté en Angleterre. Je me rends compte soudain combien la vie a été difficile pour les enfants ces derniers jours.

Chapitre 6 : Aucune course ne commence sur la ligne de départ. Haïle Gebreselassie

Une des hypothèses avancées souvent par les coureurs eux-mêmes, sur la raison pour laquelle les Kényans excellent à la course à pied est que, dans leur enfance, ils vont tous les jours à l’école en courant.

Espèrent-ils déjà devenir des athlètes ? Demandé-je à Toby supposant qu’il connaîtra  la réponse. C’est pour cela qu’ils courent ? Non, il courent parce qu’ils arrivent en retard, ils reçoivent des coups de baguette. Bien que les châtiments corporels aient été officiellement interdits au Kenya en 2001, beaucoup de Kényans peuvent confirmer encore ce qu’affirme Toby. Quelques jours plus tard, le quotidien national publie un article sur l’une des meilleures coureuses juniors du pays, Faith Kipyegon, qui a été si dument battue par son professeur que ses blessures l’ont empêchée de s’entraîner. A l’approche des Championnats du monde de cross, le moment est mal venu, remarque le journal. Passé ce constat, l’auteur de l’article ne semble pas s’indigner du mauvais traitement en lui-même.

Quelques jours après notre arrivée à Iten, le championnat de cross country se dispute en ville. L’épreuve masculine est gagnée par Geoffrey Mutai qui, quelques mois plus tard, poursuivra sur sa lancée en remportant les marathons de Boston et de New York, établissant de nouveaux records dans les deux courses, alors que le gagnant de la compétition hommes juniors est remportée par Faith Kipyegon, quelques jours avant qu’on apprenne les violences infligées par son professeur et deux mois avant qu’elle devienne championne du monde. Et il ne s’agit pas ici d’une compétition nationale.

Une semaine plus tard, notre maison à Iten est enfin prête.

Chapitre 7 : Dans notre pays, dit Alice, encore un peu haletante, si l’on courait très vite et pendant longtemps, comme nous venons de le faire, l’on arrivait généralement quelque part, ailleurs…Un pays bien lent ! dit la reine. Ici, tu vois, il faut courir aussi vite que l’on peut si l’on veut simplement rester sur place. Si tu veux arriver ailleurs, il faut courir au moins deux fois plus vite que ça ! Lewis Carrol

En Angleterre, quand je cours seul, surtout en ville, j’ai l’impression d’éviter sans cesse des obstacles (bords de trottoirs, piétons, voitures en stationnement, lampadaires). Ici, ce sont des nids-de-poule, des vaches, et des cyclistes. En groupe, ils semblent défiler à toute vitesse, presque sans qu’on les remarque.

Les semaines suivantes : j’ai couru, surtout avec Godfrey ou d’autres étrangers présents à Iten, pour tenter de retrouver un peu la forme avant de me joindre de nouveau bravement à un groupe. Mais tout le monde ici court vite. Je vois souvent un jeune étudiant américain nommé anders. Godfrey semble l’avoir pris sous son aile. Sa mère a été la première à courir le marathon aux Jeux Olympiques, me dit-il. Elle s’est lancée avec les hommes et les a tous battus.

L’histoire que Geoffrey voulait raconter est celle de sa victoire au marathon des jeux de 1984.

Chapitre 8 : Si vous voulez gagner quelque chose, courez le 100 mètres. Si vous voulez éprouver quelque chose, courez le marathon. Emil Zatopek

Pendant des années, j’ai répété que je courrais un jour le marathon et, dans quelque mois, je vais effectivement le faire. Je retrouve peu à peu la forme. Chaque fois que Godfrey me voit, il me répète que j’ai perdu du poids. Je devais en avoir beaucoup à perdre.

Cependant, chaque fois que je parle de la course de Lewa à d’autres coureurs, ils font la grimace. C’est dur, disent-ils. Il fait chaud, elle se court sur un terrain vallonné et des pistes en terre battue. Les kényans préfèrent généralement participer à des compétitions où ils peuvent faire de bons temps. Un bon temps a des chances de leur valoir une invitation à un marathon dans une grande ville.

Chaque coureur Kényan a son histoire. L’exemple le plus fameux est celui de ce grand athlète enivré par la réussite, Sammy Wanjiru, qui remporta le marathon olympique en 2008 à l’âge de 21 ans à la suite d’une course époustouflante de rapidité. Quelques mois après la formation de notre équipe pour Lewa, Wanjiru, l’un des plus précoses et des plus réputés de tous les coureurs Kenyans, s’est tué en tombant du balcon de sa maison de Nyahururu. Wanjiry était connu parmi les athlètes pour boire beaucoup. Si je voulais le rencontrer, me disait-on, je devais aller dans un bar d’Eldoret et le demander. A ce qu’on raconte, il fréquentait assidûment un night club et y offrait des tournées générales. Le soir de son décès, sa femme l’a trouvé au lit avec une autre. Nul ne sait ce qui est arrivé ensuite, mais toujours est-il que Wanjiru est mort.

Je lui demande pourquoi la carrière sportive des Kényans est, comme chacun sait, si brève. Contrairement aux grands coureurs éthiopiens comme Haile Gebreselassie et Kenenisa Bekele, la plupart des Kényans courent bien pendant quelques courtes années, puis disparaissent.

Les coureurs sont tous issus d’un milieu pauvre, peu éduqué, répond-il, les mains jointes sur la table dans une attitude pensive. Quand ils gagnent, tout le village célèbre leur victoire  et tout le monde le monde sollicite leur soutien. L’athlète victorieux devient péril au chef village et tous s’adressent à lui pour qu’il les aide à résoudre leurs problèmes personnels.

Un des athlètes qui participait aux championnats du monde de 2005, recevait toutes les deux heures un appel téléphonique de compatriotes restés au Kenya, qui lui demandaient où placer les fenêtres dans un immeuble qu’ils construisaient.

C’est pour cette raison qu’on a créé des camps d’entraînements : afin que les athlètes ne soient pas distraits par leur famille, leurs relations et le monde extérieur en général.

Lorsqu’un athlète quitte un camp, n’est plus soumis à son emploi du temps et à sa discipline rigoureuse, n’a plus le loisir de se reposer, de départ marque souvent pour lui le début de la fin. Wanjiru n’est pas le seul athlète à être devenu un pilier de bar d’Eldoret. Il faut être déterminé.

Chapitre 9 : Le pied humain est un chef d’œuvre technique et une œuvre d’art. Léonard de Vinci

 Quand je ne trouve personne pour courir avec moi, j’enfile mes « racing flats », mes chaussures à semelle plate, et je pars seul. Bien que je préfère courir en groupe, il est parfois délicieux de courir seul, ici, au Kenya. A mon rythme, je jouis du paysage, de la piste, de la sensation du mouvement, du contact avec la terre qui défile sous mes pieds, tout cela sans avoir l’impression d’être lent et nul pour arriver à suivre, attendant seulement de voir combien de temps je peux tenir le coup avant d’être complètement largué.

Chapitre 10 : Lorsque les missionnaires sont arrivés, les africains avaient la terre et les missionnaires la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Quand nous les savons rouverts, ils avaient la terre et nous la bible. Jomo Kenyatta, premier président du Kenya

Tulloh accepta de servir de cobaye au Dr. Griffiths Pugh, l’un des spécialistes de la médecine sportive à l’époque. « Il a réussi à établir une relation directe entre le poids des chaussures et la dépense énergétique de la course à pied ».

Mais courir un marathon pieds nus sur des routes bétonnées, n’était-ce pas risquer de se blesser ? « La plante des pieds des jeunes que nous étudions au Kenya est aussi résistante que les semelles de n’importe quelles chaussures. Ils peuvent marcher sur du verre sans se blesser ». Outre la légèreté, courir sans chaussures renforce les pieds, ce qui permet de s’entraîner davantage sans se faire mal.

Pourquoi alors, si courir pieds nus présente de tels avantages, tous les athlètes Kényans adultes portent-ils des chaussures ?

Le principal avantage de la course pieds nus est qu’elle oblige à adopter un meilleur style. Sans chaussures, toutes les sensations éprouvées dans les pieds sont soudain activées et le « programme » interne de la course, développé au fil de millions d’années, se met en pilote automatique. Instinctivement, on contrôle l’impact au sol et on atterrit avec légèreté.

Chapitre 11 : Garçon : N’essaie pas de tordre la cuillère. C’est impossible…Essaie seulement de connaître la vérité. Neo : Quelle vérité ? Garçon : Il n’y a pas de cuillère. Matrix

Ici, au cross d’Eldoret sponsorisé par Nike, des enfants pieds nus filent comme l’éclair en tête de chaque course. Les courses se succèdent lentement : minimes garçons et filles…La mienne est la dernière. Avec ma peau pâlichonne, ma barbe en broussaille et les quelques kilos en trop, je ne me sens pas du tout à ma place. Ce n’est pas la première fois depuis mon arrivée au Kenya que je me demande ce que je fais là.

Voici ma course. A la moitié du troisième tour, les coureurs de tête me dépassent en trombe les uns et les autres. Ça me donne l’impression d’être encore plus lent. J’ai maintenant la certitude que les gens rient. Je ne suis qu’à mi-parcours et j’ai du mal à trouver la volonté de continuer. C’est si facile de s’arrêter ! J’en ai assez vu. J’en ai assez vu. J’agite les mains comme si quelque chose n’allait pas. Ce n’est pas moi qui commande, c’est la machine. Je m’écarte sur le coté et m’assois. J’abandonne !

Un an plus tôt, en Angleterre, j’avais gagné une course. Mais ici, dans la vallée du Rift, au Kenya, les choses ne sont pas du tout pareil. J’ai l’impression d’être tombé dans un gouffre culturel et pour le moment, je ne suis pas certain de pouvoir le franchir. En Angleterre, la course à pied est généralement un simple passe-temps, pratiqué hardiment par des amateurs  fervents, qui casent comme ils peuvent leurs séances d’entraînement entre leurs autres occupations.

Ici, au Kenya, tous ceux capables de courir y consacrent leur vie. Et ce sérieux semble faire tache d’huile. Ici, l’athlétisme est une religion. Dans un pays où la course à pied est l’objet d’une telle vénération, mes objectifs – courir un marathon ou d’améliorer mes records personnels – semblent dérisoires et bien timides. Ici, on court pour avoir une vie meilleure. Pour nourrir sa famille. Pour battre des records du monde.

Chapitre 12 : Demande-toi si tu peux donner davantage. La réponse est généralement : oui. Paul Tergat, athlète Kényan

Après la course d’Eldoret, je décide d’intensifier l’entraînement. Je n’ai pas encore changé d’état d’esprit : je m’entraîne un jour sur deux et considère la course à pied comme une activité secondaire. J’ai besoin d’une dose sérieuse supplémentaire, façon kényane. C’est pour cela que je suis venu ici.

Chaque jeudi matin, tous les groupes et les camps d’entraînement d’Iten se rassemblent en une immense foule de coureurs. Forme d’entraînement répandue dans le monde entier, le fartleck consiste à alterner des phases de sprint et des phases de jogging pour récupérer. C’est un mot Suédois qui signifie « jeu de vitesse ». Pour la plupart des athlètes, c’est l’une des séances d’entraînements les plus éprouvantes de la semaine.

La suite la chronique arrive très prochainement. ;)

Et vous, connaissez-vous ce livre ? Avez-vous envie de le découvrir ?

Laissez-moi votre réponse juste en dessous dans les commentaires. ;)

8 Commentaires

  •    Répondre

    Bonjour Maxence,
    As-tu un avis sur le « courir léger » ou encore « courir minimaliste » qui permettraient de réduire les traumatismes du genoux ou des articulations ?
    livres:
    – « NES POUR COURIR (BORN TO RUN) de CHRISTOPHER MCDOUGALL »
    – « Courir Léger – Light Feet Running: théorie, initiation et pratique de la foulée médio pied de S SEHEL »

  •    Répondre

    bon, je crois que je vais me l’acheter un de ces quatre…et le refiler ensuite à mon frère qui a vécu 5 mois dans la Rift Valley pour s’y entrainer bien sûr !
    @+
    FRED

  •    Répondre

    Salut Maxence. Recommandes-tu l'achat du livre au final ?

    • Bonjour Fred,

      Je ne l’ai pas quasiment fini. Si tu es un fan de course à pied comme moi, OUI.
      Dans le cas contraire, NON. Je trouve que le livre ne s’adresse qu’au mordu de course à pied.

      Si c’est quelqu’un qui court une fois dans la semaine pour se détendre, je ne pense
      pas que l’ouvrage va l’intéresser.

      PS : Ce livre peut faire l’objet d’un petit cadeau de Noël par exemple. ;)
      @+

  •    Répondre

    C’est un bon bouquin même si il ne livre pas de secrets renversants. Dommage qu’il y ait quelques longueurs ( ou alors c’est un problème de traduction), j’en dis deux mots ici :
    http://ilcourt.wordpress.com/2012/10/30/courir-avec-les-kenyans/

    « Pourquoi les blancs courent moins vite » est bon aussi.

    • Hello Silouane,

      Je vais bientôt le finir. Il n’y a pas de mystère, il faut s’entraîner très dur pour atteindre
      le très haut niveau. Mais au Kenya, le haut niveau est une chance inouïe pour eux de sortir de la
      pauvreté et de la misère. Tout le monde mise sur la course à pied apparemment. C’est une religion
      là-bas, d’après l’auteur.

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