Interview de Yoann Kowal : Le Double Champion de France sur 1500m en 2008 et 2010 nous donne des conseils pour réussir votre 1500m


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yoann kowal

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Transcription texte de l’interview audio de Yoann Kowal

Maxence Rigottier : Bonjour à Tous, c’est Maxence Rigottier de blog course à pied. Aujourd’hui, je suis avec Yoann Kowal qui est un spécialiste de 1500 m, mais également de 3000 m et de 3000 m steeple. Si vous ne connaissez pas Yoann Kowal, c’est un spécialiste de 1500 m, car il a été champion de France 2008 et 2010 du 1500 m. Tu es également 5ème des championnats d’Europe de Barcelone en 2010. Tu as un record sur 1500 m de 3’33’’75. Pour vous donner un peu un ordre d’idée, en rapidité c’est plus de 25 km/h de moyenne sur la distance, c’est quand même assez incroyable, et tu fais partie des rares athlètes dans le monde qui arrive à courir à cette vitesse. Je souhaitais que tu nous expliques un petit peu tes débuts de la course à pied jusqu’à aujourd’hui, pour nous évoquer ton évolution. Salut Yoann.

Yoann Kowal : Bonjour. En fait c’est très simple, mes parents étaient eux-mêmes pratiquants d’athlétisme et du sport en général. Mon père a été champion de France en 8’47 de 3000 m steeple et ma mère vice-championne de France de Duathlon. Donc dès tout jeune et dès 4 ans et demi, lors des vacances, mon père partait en stage à Font-Romeu, et nous y emmenait. Donc mon lieu de vacances est mon lieu de stage actuel. Dès 4 ans et demi, je commençais déjà des petits footings et des petits entrainements très légers en altitude à Font-Romeu. C’est une passion qui est venue de mes parents et que j’ai continué par la suite personnellement. Je n’ai jamais eu aucune obligation. A savoir que c’était avec beaucoup de plaisir. J’ai testé un peu d’autres sports, mais c’est avec beaucoup de plaisir que je suis revenu à l’athlétisme rapidement. Quand j’ai vu que ça marchait bien, j’ai continué. Mon niveau actuel, c’est grâce à un premier coach qui m’a fait faire beaucoup de km étant jeune. J’ai eu la chance de ne pas me blesser, de bien encaisser le nombre de kilométrages. Il m’a fait acquérir une vitesse énorme. C’est très dangereux parce qu’en cadet/minime, je faisais des 10 km sur route, donc j’étais déjà assez endurant. Ensuite, j’ai changé d’entraineur qui m’a fait beaucoup travailler en puissance, beaucoup travailler avec des PPG (Préparation Physique Générale), des escaliers, toute une technique que je ne faisais pas et qui m’a permis d’avoir de la vitesse, de prendre du muscle, et de progresser sur 1500 m. C’est une évolution depuis plusieurs années, c’est un travail de longue haleine pour arriver au niveau où je suis aujourd’hui.

Maxence Rigottier : D’accord. A la base, quand tu étais minime, tu étais plus sur de longues distances. Et à partir de quelle date t’es-tu dit que tu allais te spécialiser sur le 1500 m – 3000 m – 3000 m steeple ?

Yoann Kowal : Dès le début avec ma mutation avec mon autre entraineur. Il m’a testé un peu sur 1500 m, et en passant du 10 km au 1500 m, j’ai fait 4min05s en cadet 2. Ce n’était pas trop mal. On ne s’attendait pas à ce que j’ai une vitesse comme ça. J’ai fait également 9min 30s et quelques je crois, je ne me rappelle plus trop, aux départementaux sur 3000 m. Petit à petit, j’ai fait mon petit bout de chemin, je suis allé aux inter-régionaux, je me suis qualifié aux championnats de France. Et je me souviens faire 13ème aux championnats de France, en 8min 58s, donc passé sous les 9min, c’était quelque chose d’assez intéressant, d’autant que je commençais à peine avec mon coach, j’avais à peine 3 mois de travail vraiment spécifique sur piste. Donc 13ème aux championnats de France, j’étais très satisfait. L’année d’après, on a commencé à travailler un peu plus spécifique. Et junior 1, j’ai fait 8min 36s en salle et quelques semaines après, un mois après, je réalise ma 1ère sélection pour les championnats du Monde junior de cross. Ça a été un peu le signe. Mon coach a détecté un réel potentiel et a su travailler les bons points qui m’ont fait progresser rapidement. En un an de travail, j’ai réussi vraiment à obtenir un niveau correct.

Maxence Rigottier : D’accord. Donc au départ, c’est juste pour tester, tu t’es dit, tiens on va tester le 1500 m à ton niveau. Et ensuite avec un excellent chrono de départ, tu as su tirer ton potentiel pour le futur et t’améliorer jusqu’à atteindre des très belles performances.

Yoann Kowal : Oui. Après, c’est clair que j’ai fait un investissement personnel. Malheureusement, peu de personnes peuvent le faire aujourd’hui. J’ai choisi, j’ai eu l’option, j’ai choisi de privilégier l’athlétisme dans ma vie en priorité, et de faire tout mon cadre de vie en fonction de l’athlétisme. J’ai pris un gros risque, c’était dangereux. J’ai fait un CAP de menuiserie en 3 ans. En junior, j’ai pris des congés sans solde pour faire les championnats du monde de Cross. Et au bout de ces 3 ans d’apprentissage, quand j’ai eu mon CAP, je me suis rendu compte que ce n’était pas cumulable de travailler et de faire l’entrainement pour faire du sport de haut niveau. Donc j’ai pris le risque, j’ai fait un an de chômage ou je me suis entrainé à fonds, et les performances ont commencé à venir. Mon père m’aidait pendant ce temps-là, parce que c’était quand même assez difficile de ne pas travailler et de ne faire que du sport. On est pas professionnel, surtout étant jeune. J’ai privilégié le sport et toute ma vie s’est fondée en fonction du sport. J’ai eu la chance de percer, d’y arriver. Ce n’est pas forcément évident. C’est ce qui fait un peu ma progression, c’est ma force aussi.

Maxence Rigottier : D’accord. Déjà, félicitation pour avoir osé. Ton choix a vraiment été payant. Peux-tu nous raconter un petit peu ton quotidien de coureur de 1500 m ? Explique-nous tes semaines types. Quels sont tes différents entrainements ? Comment s’organise ta semaine ?

Yoann Kowal : C’est très variable. Il y a des semaines où je vais beaucoup m’entrainer, d’autres moins. A savoir que je suis quelqu’un qui est très amateur d’entrainement et qui adore vraiment courir. C’est une passion avant tout. C’est un plaisir. Et des fois, j’ai même tendance à en faire un peu trop, mais depuis quelques années, mon entraineur est là pour me calmer et me cadrer un peu. Il me faut un équilibre et c’est ce qui fait qu’on marche bien ensemble parce que je l’écoute. Mais bon, ça peut aller vraiment, des semaines quand je prépare le Cross ou le long, sur des semaines de plus de 150 km. Ça m’est déjà arrivé de monter à plus de 200 km. C’était un peu fou, je me suis fait un peu remonter les bretelles par mon coach. Mais comme je dis, je suis un passionné. Il me faut quelqu’un pour me cadrer, c’est ce qui m’aide à être performant. Ensuite, c’est variable. Il ne me faut pas beaucoup de temps sur piste ou de séance vraiment spécifique pour monter en puissance sur 1500 m. Pour arriver à un gros chrono ou des choses comme ça, j’ai appris à savoir travailler intelligemment, travailler placés, travailler relâché, et à décrocher mes chronos comme ça. Je commets des erreurs chaque année, et ça me permet de progresser. Puis de travailler comme un fou à l’entrainement, de faire des séances de fou et être fatigué en compet, non. Maintenant, j’arrive à bien programmer à temps, à prévoir une saison et à la respecter à la lettre, à respecter les temps, les temps voulus et les entrainements voulus. C’est une entente entre mon entraineur qui me connait et moi, et qui au niveau de mes sensations, il m’écoute beaucoup. Comme je le disais, c’est un travail de longue haleine, une bonne coopération qui fait que ça fonctionne aujourd’hui.

Maxence Rigottier : Exactement. Ton objectif, c’est de toujours avoir ton pic de forme lors des compétitions les plus importantes de ta saison.

Yoann Kowal : C’est sûr. L’an dernier par exemple à Saint-Denis, j’avais prévu de faire mon record sur cette course-là. J’ai eu un 1500 m vraiment fort. J’en ai fait un juste avant un meeting mais j’avais eu un accident de voiture 2 jours avant, et mon coach, avant de faire le forcing pour rentrer sur le meeting de Saint-Denis, m’a dit de ne rien demander à mon manager et qu’on allait faire d’abord une séance un peu test, un peu type, tous les deux pour voir comment je réagissais, pour voir si j’étais bien ou pas pour faire le forcing, pour valider ou pas, faire le forcing pour entrer dans la course. On a fait une séance, ça s’est bien passé. Il m’a dit qu’en gros, j’avais fait un 1000, pas très vite, en 2min 20s tout simplement, mais étant bien placé, étant propre, et mon coach suite à ça a dit stop, m’a dit d’enlever mes pointes, d’aller faire ma récup, d’appeler mon manager car il avait vu comment j’avais couru mon 1000 m, que j’allais faire Saint-Denis, qu’il pensait que ça devait aller. J’ai fait 3min 33s, j’ai fait mon record, alors que la séance n’était pas monstrueuse. Il me connait, il connait mes sensations, et il sait quand il faut que je coure et quand il faut que je reste chez moi.

Maxence Rigottier : Exactement. Déjà, c’est parfait d’avoir un duo avec un entraineur qui te connait parfaitement, comme ça, tu peux vraiment écouter ton corps et savoir si tout se passe bien ou non. Egalement, concernant tes différents entrainements, tu nous as dit l’hiver que tu faisais 150 à 200 km par semaine, ce sont surtout des longs footings. Concernant les séances plus spécifique de piste, c’est combien de km par semaine ? Combien de séances de fractionnés pour préparer un 1500 m ?

Yoann Kowal : C’est très variable l’athlétisme. On peut travailler sur beaucoup de points différents. Les 150 km, je ne les fais pas toutes les semaines, c’est quand je suis en stage au Kenya, ou quand je pars en stage. A savoir qu’après un stage au Kenya, mon coach me met 3 entrainements jours par semaine et un jour de repos complet dans la semaine aussi. Après je passe de 14 à 6 entrainements parce que quand j’ai fait un gros mois de travail, le temps de récupérer derrière c’est aussi important. Ça n’empêche pas de travailler dans la qualité en ne faisant qu’un entrainement par jour et des fois, il faut savoir récupérer, c’est important. Les séances types… Il n’y a pas vraiment de chose type, on peut faire de la musculation, on peut faire des côtes, on peut faire du fartleck, on peut faire de la piste. Il y a vraiment beaucoup de choses à travailler, des footings… Il y a vraiment beaucoup de choses à travailler pour être complet et performer. Dans tous les cas, c’est un mix, chaque semaine c’est un peu différent, mais c’est aussi ce qui fait plaisir parce que ce n’est pas répétitif, on ne fait pas tout le temps la même chose. Et même dans les séances pures et dures on peut modifier, genre une séance de côte, on peut faire une séance tactique en côte, on peut faire une séance de longue… On fait ce que l’on veut à chaque fois sur différentes séances. C’est appréciable, et c’est ce qui fait que je prends du plaisir à l’entrainement tous les jours, c’est variable. On peut constater de la progression en plus. Il y a tout le temps de nouvelles choses à découvrir. En revenant sur mon coach, ce que j’apprécie, c’est quand il vient en stage aussi, il s’inspire des autres pays, des autres nationalités pour améliorer ses plans et c’est plutôt pas mal.

Maxence Rigottier : D’accord. Et concernant tes 6 entrainements par semaine, inclues-tu dedans des séances de PPG (Préparation Physique Générale) ? Ou fais-tu en plus une ou plusieurs séances de PPG, de musculation pour te muscler et avoir plus de volume musculaire et donc plus de vitesse ?

Yoann Kowal : à savoir que la musculation, je n’étais pas trop « apte », je n’étais pas trop pour la musculation. Avec mon coach on en faisait pas trop. On a commencé vraiment à la travailler à partir de cette année, en début d’année, pour essayer de prendre un peu de puissance et de vitesse pour être un peu meilleur sur 800 m, à savoir qu’avec mon entraineur on préfère renforcer ses points forts plutôt que forcer ses points faibles. Je corrige un peu mon point faible qui est le 800 m. Je préfère rester sur ma qualité qui est coureur de 1500 – 5000 – 10.000 pour pouvoir enchainer des tours par exemple en championnat, être bien fort là-dessus et avoir un finish qui est quand même fort sur un rythme déjà de course rapide. C’est une qualité que j’ai. On essaye de travailler, de continuer à garder ça en objectif. Concernant la PPG, c’est clair qu’il faut en faire. Des fois j’en fais souvent, des fois je n’en fais pas, ça dépend, c’est inclut dans mes séances. Quand je fais 6 séances, c’est 6 séances. Ce n’est pas 6 footings plus de la PPG, non, c’est dedans, donc c’est vraiment variable. Par contre, quand je suis en stage, tous les jours c’est abdo-gainage. J’adore ça en plus. J’en fais tous les jours en stage, et après je calme à l’approche des compétitions, parce qu’on ne peut pas travailler uniquement à chaque fois.

Maxence Rigottier : D’accord. Tu as une énorme fougue, donc tu as raison des fois de prendre un petit peu de repos. Pour revenir sur le 1500 m, quelle est ta stratégie à chaque fois avant un départ sur le 1500 m ? Te dis-tu que tu es capable de faire tel chronomètre, donc fais-tu ta course en fonction de toi-même ? Ou fais-tu ta course en fonction des autres en te plaçant directement dans les 1ères positions ? Quelles sont ta méthode et ta stratégie avant un 1500 m ?

Yoann Kowal : On ne peut pas vraiment dire que j’ai une stratégie ou quoi que ce soit. D’ailleurs, je pense que ce n’est le cas d’aucun athlète. Un schéma de course, ce n’est jamais respecté à la lettre. Même des courses en championnat, c’est toujours différent de ce qu’on prévoit. Il ne faut jamais rien prévoir. Même en meeting, des fois ça part trop vite, ça part trop lent. Il faut coller, il faut suivre et savoir se gérer aussi. C’est se connaitre personnellement, savoir se placer. C’est une course à la fois qui est dure parce qu’il faut être bien mentalement, bien physiquement, il faut savoir se connaitre. C’est avoir confiance en soi, ne pas faire attention aux autres, et essayer de les manger au maximum. C’est ce qui fait la beauté du 1500m, c’est très dur à gérer, et je ne peux pas dire que j’ai un schéma de course. L’an dernier avant Saint-Denis, mon but c’était coller la course et d’avoir la meilleure place possible. A savoir qu’il y a 2-3 ans quand je commençais en diamond league, mon but c’était dernier, de m’accrocher à la dernière place pour battre mon record et ne pas décrocher cette dernière place. Au fur et à mesure des années, j’ai commencé à m’approcher, à vouloir finir dans le milieu de course. Et là je sais que si j’ai l’honneur de recourir cette année en diamond league, je vais courir pour aller chercher un podium, voir être devant. Il faut être ambitieux, ce n’est pas de la prétention. Chaque athlète a ses points forts. Je progresse d’années en années, donc pourquoi pas espérer quelque chose de beau cette année.

Maxence Rigottier : Exactement, parce que ton évolution étant ascendante au fil des années, donc si tu continues comme ça je pense que tu vas vraiment atteindre un niveau assez incroyable pour les années à venir.

Yoann Kowal : J’espère.

Maxence Rigottier : Quels sont les conseils que tu pourrais donner aux personnes qui souhaiteraient s’améliorer sur 1500 m ?

Yoann Kowal : Des conseils, c’est pas évident à donner non plus. C’est pareil, parce que chacun a sa qualité propre pour être fort, chacun a son propre niveau et ses propres qualités sur la course. C’est vraiment une course aléatoire. Il n’y a pas de science infuse, il n’y a pas de « tu vas faire telle séance, tu feras tel chrono ». C’est beaucoup de travail, c’est sûr. Il faut travailler l’endurance, il faut travailler la vitesse, il faut tout travailler. C’est sûr qu’il faut être rigoureux dans un plan d’entrainement et s’y tenir. Avoir, comme je dis, une fusion avec mon coach qui me connait parfaitement et savoir respecter les plans de son entraineur. Avoir confiance en lui, c’est vraiment important. C’est la base des choses, avoir confiance dans son entrainement et dans son entraineur. C’est important. Après, un conseil pur et dur, ce n’est pas vraiment évident à donner.

Maxence Rigottier : D’accord. Et des qualités qu’il faudrait avoir pour justement réussir sur cette distance ?

Yoann Kowal : C’est pareil. A la base, je suis un coureur. Je viens du 10.000 m, en étant jeune. Jamais je n’aurais deviné être à ce niveau-là sur 1500 m. C’est beaucoup de travail. Je pense que quand on travaille, on peut arriver à tous battre ses records et à faire quelque chose de bien. C’est du travail et de l’investissement personnel, c’est comme tout, si on persiste à travailler dur, forcément un jour ça va passer. Il faut travailler dur, mais intelligemment aussi, c’est ça qui fait la difficulté de la course.

Maxence Rigottier : Surtout apprendre à connaître au maximum son corps, et ensuite, travailler ses points faibles intelligemment et logiquement au fil des années. Comme tu l’as dit, si on s’entraine énormément, il n’y a pas de raison de ne pas progresser.

Yoann Kowal : Oui, c’est sûr. Il faut s’entrainer, comme je le disais, énormément et intelligemment. Ce n’est pas trop en faire qui va faire que l’on va progresser non plus. Il faut se connaitre. Il faut savoir faire des phases de travail dures et faire des phases de récupération aussi, c’est important. Ne pas négliger la récupération. Beaucoup de gens ne la font pas. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de français qui font un jour de repos complet comme moi par semaine. Quand je rentre de stage, je fais ça. Ou l’avant-veille des compétitions, aussi, je fais un jour de repos complet, comme ça j’arrive vraiment… J’ai la motivation et je suis frais, je suis reposé pour les courses. C’est quelque chose que je fais, je sais qu’il n’y a pas grand monde qui le fait. C’est personnel, et c’est propre à chacun aussi.

Maxence Rigottier : D’accord. Tu nous évoquais que tu faisais un stage à Font-Romeu, des fois au Kenya. Avec tous ces entrainements, as-tu déjà eu une grave blessure et si oui, comment revenir après une grave blessure ?

Yoann Kowal : Je touche du bois. Jusqu’à présent, je n’ai jamais eu de blessure importante. J’ai eu des trucs qui m’ont fait couper 3 jours maximum. Je m’hydrate bien, je mange bien, je dors bien, je suis professionnel dans ce que je fais. Je pense que ça joue aussi. Après, je fais beaucoup d’abdo-gainage, tout ce qui est renforcement musculaire naturel. J’en fais vraiment tous les jours en stage et je pense que ça entretient un corps fort et solide, et c’est important. Après, ce sont des étirements… Toute l’hygiène de vie est à prendre en compte dans une blessure. Il n’y a pas que l’évènement blessure pur et dur, je pense qu’il y a tout l’entourage qui fait qu’on peut se blesser ou pas. C’est clair que ça n’empêche pas de pouvoir se tordre une cheville sur un parcours ou autre, mais je fais attention vraiment à tout, donc je n’ai pas eu de soucis. Après, le conseil à donner, même si je n’ai jamais été blessé, je sais qu’on a tendance à vouloir reprendre trop vite. Tous mes amis, toutes les personnes que je connais ou côtoie, veulent revenir en puissance directe après l’entrainement. Ils rechargent direct, et hop, ça se re-blessé. Il faut savoir revenir calmement, accepter la blessure, savoir se reposer et qu’elle soit bien soignée pour repartir à l’entrainement. J’ai déjà eu une petite douleur au Kenya qui m’a fait couper 3-4 jours, mais dès que j’ai eu cette douleur, je suis allé directement faire une échographie pour voir ce que c’était. Ce n’était pas grave, j’ai quand même coupé 3-4 jours pour être sûr que ça n’empire pas. C’était une contracture, il ne faut pas que ça devienne une petite déchirure. J’ai su couper 4 jours au Kenya. Je n’ai rien fait pendant 4 jours, c’est sûr, mais après j’ai pu me ré-entrainer et bien courir. C’est savoir prendre le temps de se soigner et de revenir tranquillement à l’entrainement, sans bourriner et sans justement tirer cette blessure.

Maxence Rigottier : Exactement. Déjà une chose que je pense être assez intelligente de ta part, c’est de faire une journée de récupération par semaine. Je pense que ça doit bien t’éviter des problèmes physiques. Et puis deuxièmement, comme tu l’as parfaitement dit, à partir du moment où on a une petite douleur, il vaut mieux couper 3-4 jours, comme tu l’as fait, au lieu de malheureusement tirer, forcer dessus et puis après on en a pour 3 semaines – 1 mois. Il vaut mieux être patient.

Yoann Kowal : C’est sûr.

Maxence Rigottier : Tu nous évoquais que tu as commencé la course à pied depuis tout petit. Qu’aimes-tu dans le simple fait de courir ? Également pourquoi n’as-tu jamais arrêté de courir ? Expliques-nous ton ressenti à chaque fois que tu pratiques ta passion qui est la course à pied.

Yoann Kowal : C’est dur à dire. C’est bizarre. Ce matin, j’ai ramené 2 athlètes du Kenya pour m’aider pour la préparation. J’ai essayé de leur faire un peu partager mon plaisir. Là, on est à Font-Romeu, il y a un plateau qui est à quand même 2100-2200 m d’altitude. Ce matin, c’était tout blanc parce que c’était enneigé. Il n’y avait personne sur le plateau, il n’y avait que le vent. On avait vue sur la vallée. C’était magnifique. Je ne sais pas, d’être tout seul, de courir comme ça en pleine nature, de n’entendre que le bruit de son k-way qui frotte, ce sont des choses que j’apprécie. Courir tout seul ou avec du monde, partager ces moments, c’est agréable. Qu’est-ce qu’on se sent bien après un footing ou après une séance ! Ce sont des sensations que j’apprécie. Quand j’ai mes jours de repos ou des choses comme ça, ça me démange parce que ça me manque. C’est même une drogue maintenant, à l’heure d’aujourd’hui. Je ne pourrais pas m’arrêter. Je vois quand je suis en vacances et que je dois couper 10 jours, que mon coach me force à couper, je suis obligé de faire du vélo, de la natation, de faire autre chose. Je suis obligé de faire du sport. Courir est ce que j’apprécie le plus. C’est un moment où même si on va mal, où on a un petit moment de dépression, un petit truc, que mentalement ça ne va pas bien, on va courir, on accélère un peu, et au bout d’un moment, on a 10-15 minutes où on ne pense plus à rien. Ça permet de s’évader aussi, c’est ce qui est beau dans la course à pied.

Maxence Rigottier: Exactement. Ce sont vraiment des sensations assez sympathiques. Etre confronté à la nature, pouvoir faire son dépassement personnel, ce sont vraiment des choses qui sont assez sympas à vivre. Concernant la motivation, comment fais-tu pour toujours être motivé pour aller courir ? Parce que je suppose qu’il y a peut-être quelques fois quand même où tu n’as pas trop la motivation, il fait froid… Comment gardes-tu toujours cette motivation avant un entrainement ou une compétition ?

Yoann Kowal : Il faut savoir que depuis que je suis avec mon entraineur, maintenant depuis 8 ans, j’ai raté un seul entrainement. Je ne suis pas allé à un entrainement parce que c’était en cadet ou junior.

Maxence Rigottier : Bravo.

Yoann Kowal : J’avais fait la fête avec mes copains et le lendemain, je n’avais pas du tout la motivation et pas du tout l’état d’aller courir. J’étais vraiment KO. J’ai raté cet entrainement-là. Je m’en suis voulu après. Mon coach m’a engueulé, et depuis, j’ai vraiment respecté tous mes entrainements. Je ne vais pas dire que j’ai tout le temps envie d’y aller, c’est clair. Encore dimanche, avant de venir à Font-Romeu, il pleuvait des cordes chez moi à Périgueux. J’ai appelé mon coach, je lui ai dit que j’allais remplacer, et si je pouvais aller faire une séance de piscine. Il m’a dit oui. Je ne me sentais pas bien de modifier mon plan, donc j’ai attendu un petit peu, ça s’est un peu calmé. J’ai pris mes baskets, je suis allé courir. C’est clair que quand je suis parti, je n’avais pas envie de courir. J’ai fait les premières 5-10 minutes, c’était long, c’était ennuyeux et au bout d’un moment, c’est passé. Et puis 50 minutes c’est vite fait. J’avais un petit fartleck, ça s’est fait tout seul. Quand j’ai fini, j’étais content. Ça m’a pris une heure et puis j’ai fait mon fartleck. Maintenant ça va bien, je me sens bien physiquement. Des fois c’est clair que je n’ai pas envie, mais je me force à y aller. Une fois qu’on est dedans, on est dedans, c’est parti. Il y a 10-15 minutes qui sont dures au début, mais après ça va tout seul. On a un objectif, on se fixe un objectif, on s’entraine pour cet objectif, c’est ce qui permet de rester motivé tout le temps.

Maxence Rigottier : Exactement. Pour toutes les personnes qui hésiteraient à courir le 1500 m, qui se disent que ce sont des courses trop rapides, que ce n’est pas pour elles, qu’elles sont trop vieilles… Quel message voudrais-tu faire passer à toutes les personnes qui hésitent à se lancer sur le 1500 m et pour qu’elles se lancent dès demain et qu’elles essayent ce type de course ?

Yoann Kowal : C’est sûr qu’au moins il faut essayer. Il n’y a pas de message personnel à lancer aux gens parce que chacun a sa propre course et son type de course qui lui correspond et qui lui plait. C’est avant tout un plaisir et une sensation personnelle. C’est là où on se sent le mieux qu’on va aller. Si j’étais mieux sur 110 m haies, je serais allé sur 110 m haies. Chacun a ses préférences. Le 1500 m, avec le 800 m, est une des disciplines les plus ingrates de l’athlétisme. Il faut être fort mentalement, il faut être fort physiquement, il faut savoir se placer dans une course, il faut savoir être intelligent… C’est vraiment dur parce que ce n’est pas un sport co non plus. On ne peut compter sur personne, que sur soi-même. L’aspect tactique est vraiment important dans le 1500 et le 800 m. Je trouve que c’est ce qui fait la beauté du sport. On peut avoir 12 mecs au départ d’une finale sans savoir lequel va gagner. Il y a des favoris, mais tout le monde est battable sur un 1500 m. C’est une course qui est tactique. Tout le monde peut gagner, tout le monde peut décrocher une médaille. C’est ce qui fait la beauté du 1500, c’est ce que j’apprécie dedans. L’an dernier, on a pu voir un athlète américain, qui fait avec un moins bon record que moi, qui a fait une finale et qui a terminé 3ème sur le podium des championnats du monde. Et je pense que personne avant la finale n’aurait misé un billet sur cet athlète. Il a créé la surprise parce que c’est une course ouverte, et qui sur le jour J, la bonne course, la bonne gestion de course en étant en forme, ça peut passer. C’est l’aspect attirant du 1500 m.

Maxence Rigottier : D’accord. Tu penses que le 800 m et le 1500 m sont les deux courses où il faut être assez fort sur le plan tactique, toujours être bien placé, savoir faire un excellent finish… Dans le fond, les petites différences de chronomètre entre les différents concurrents se gomment avec la tactique de course.

Yoann Kowal : Oui. Au départ d’une course, les compteurs sont remis à zéro. Au départ d’un 400m, ce n’est pas pareil, tu pars, tu vas à fond, tu termines à fond. Au départ d’un 5000m, tu sais que ça va bombarder direct, tu es obligé de courir à fond aussi tout le temps pour avoir une place en finale ou autre chose. L’aspect 1500m, c’est que des fois ça part en 3’40 aux 1000m. Il y a beaucoup de gens en France qui sont capables de le faire. Après, c’est un dernier 500m derrière et là il faut savoir être placé. Il faut savoir attaquer au bon moment. Il faut se connaitre aussi. C’est ce qui fait la différence, et sur le 800m, c’est pareil, si tu fais un 1er 400m trop vite, tu vas payer le 2ème tour. Pour moi, ce sont les deux courses qui sont attirantes pour ça. A part un Rudisha, à l’heure d’aujourd’hui, qui fait un départ/arrivée tout seul, c’est quand même rare de voir des athlètes qui font le 1500 m en départ/arrivée tout seul. C’est la beauté de la course.

Maxence Rigottier : C’est clair. Je confirme tous tes propos. Tu te donnes des objectifs très élevés. Je suppose que tu souhaites encore améliorer ta marque de 3’33’’75. Que se passe-t-il dans ta tête ? Comment enlèves-tu tes barrières mentales pour te dire que c’est possible d’arriver à atteindre tel ce niveau de performance ?

Yoann Kowal : Je fais un travail de sophrologie derrière pour être mentalement prêt sur l’approche des compétitions et sur les départs de course. Mentalement, il n’y a plus de limites. Tout est faisable. L’an dernier, 3min 33s, alors que quelques jours avant je n’aurais jamais pensé faire 3min 33s. Et pourtant, deux années avant, en 2009 et 2010, je faisais des séances monstrueuses qui pour moi valaient déjà 3min 33s. C’est complètement aléatoire. Il y a deux ans, 2009-2010, je pensais faire 3min33s, je courais en 3min 35s. L’année dernière, je ne faisais pas d’énormes séances et j’ai fait 3min 33s. C’est vraiment aléatoire. Comme je dis, il faut « poser le cerveau » parce qu’il faut rester intelligent dans sa gestion de course, mais avant la ligne de départ, on s’occupe de personne et on part. Il faut se connaitre et tout donner jusqu’au bout et rien regretter. C’est le plus important. Maintenant, je cours comme ça. Je vais courir dans une finale, dans une diamond league entre un Bernard Lagat qui est médaillé au monde ou Asbel Kiprop, peu importe. Au départ de la ligne, les compteurs sont remis à zéro et tout est jouable. Il faut s’accrocher au maximum et tenter d’avoir la meilleure place possible. Plus on est devant, meilleur le chrono sera. C’est comme ça qu’il faut courir et c’est comme ça que je vais tenter de raccrocher mon record cette année.

Maxence Rigottier : D’accord. C’est avec l’expérience que tu as acquis au fil des années, que tu arrives à réaliser de meilleures courses. Par la même occasion, tu améliores tes différents chronomètres.

Yoann Kowal : Voilà.

Maxence Rigottier : Et pour finir sur une dernière question, actuellement, tu es en stage à Font-Romeu, quelle est l’importance des stages dans ta progression de la course à pied ? Expliques-nous un petit peu, chaque fois que tu effectues un stage, que ce soit au Kenya, à Font-Romeu ou ailleurs, que ressens-tu ? Quelle est l’importance des stages dans ta progression dans la course à pied ?

Maxence Rigottier : Pour moi, le stage, c’est deux choses. C’est quitter la vie active de tous les jours, parce que quand je suis en stage, je n’ai pas de papiers, je n’ai rien à faire, je ne fais pas mes courses tous les 3-4 matins, je fais mes grosses courses avant de partir. Ensuite, je n’ai aucun papier, aucun stress de la ville. A Font-Romeu, il n’y a pas de feux rouges, c’est une toute petite ville. Il n’y a pas le stress que j’ai tous les jours quand je suis à Périgueux, à prendre la voiture pour aller au stade, il y a pleins de bouchons, pleins de trucs… Tout un tas de petites choses comme ça qui sont des détails mais qui dans la vie de tous les jours sont un peu gênantes. C’est important pour moi. Le Kenya, c’est pareil, c’est d’être vraiment isolé, je n’ai pas ce stress de la vie de tous les jours et c’est ce qui me permet d’être posé, de me consacrer entièrement et totalement à l’entrainement, et de ne penser à rien d’autre. Ensuite, il y a aussi l’effet d’altitude. On est en altitude, et on sait très bien tous les effets que ça donne pour les globules rouges, c’est ce qu’on recherche aussi en venant en altitude. L’entrainement est plus dur. Je fais un fartleck de 1000 m d’altitude et je vais le sentir de suite. Je vais aller beaucoup moins vite qu’en bas. C’est travailler différemment. Pareil, sur la piste, il faut savoir s’adapter et travailler différemment. C’est aussi chercher de nouvelles sensations et différents types de travail sur l’entrainement.

Maxence Rigottier : D’accord. Donc premièrement, c’est vraiment l’isolement et être sans aucun soucis de la vie quotidienne, l’importance des stages. Egalement, deuxièmement, c’est aussi pour côtoyer les meilleurs athlètes et du coup ça te tire vers le haut et ça te permet encore de t’améliorer.

Yoann Kowal : C’est ça.

Maxence Rigottier : D’accord. Et pour les coureurs confirmés qui souhaiteraient atteindre ton niveau, quels conseils pourrais-tu leur donner ? Pour toutes les personnes qui sont à 3min 50s, ou 3min 55s, ou 3min 45s, sur 1500 m, quel message pourrais-tu leur adresser pour qu’ils arrivent un jour à ton niveau de performance ?

Yoann Kowal : Comme je le disais tout à l’heure, il n’y a pas vraiment de conseil à donner. On en revient au même sujet que tout à l’heure, c’est connaitre ses qualités personnelles et savoir travailler intelligemment, avoir confiance en soi, en son entrainement, en son coach. C’est du travail et de l’investissement personnel. Il n’y a pas de science infuse. Ce n’est pas facile à expliquer. C’est personnel à chacun et il n’y a pas de conseil pur et dur « tu fais ça, tu vas faire tel chrono », non. C’est un travail de longue haleine. Ça ne se fait pas du jour au lendemain non plus.

Maxence Rigottier : D’accord. Donc patience, entrainement, et logiquement au fil des années, on continue à progresser, et après, je pense que ça se joue des fois à quelques détails entre le haut niveau et le très haut niveau.

Yoann Kowal : Voilà.

Maxence Rigottier : OK. En tout cas, merci Yoann une nouvelle fois pour cette interview.

Yoann Kowal : Avec plaisir.

Maxence Rigottier : Je te dis à bientôt et puis bonne continuation pour ton stage à Font-Romeu.

Yoann Kowal : Merci.

Maxence Rigottier : à bientôt.

Yoann Kowal : à bientôt. Au revoir.

Maxence Rigottier : J’espère que cette interview vous a plu. Partagez-la sur Facebook et sur Twitter. Dites-moi également dans les commentaires du blog ce que vous avez pensé de cette interview. C’était Maxence Rigottier de blog course à pied. Je vous dis à bientôt pour de nouvelles vidéos et pour de nouvelles interviews d’athlètes pour progresser encore dans la course à pied.

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